L'autre jour, le copain Bruno a estimé la proportion bonnes nouvelles / mauvaises nouvelles à 1/20. Je ne sais pas si cette estimation est fondée, mais le jour où il
nous a dit ça, on était tous d'accord.
On venait d'apprendre une nouvelle affligeante, quelques jours à peine après notre débandade sur Imigrantes.
Les villes du littoral, au moins dans l'état de Rio de Janeiro et de Sao Paulo (je n'en ai pas encore visité d'autres), sont des villes où le véhicule le plus utilisé est ... le vélo. J'ai déjà
évoqué Ubatuba, mais pas Santos.
A Santos les plages s'étendent à perte de vue au nord et au sud, de part et d'autre du plus grand port du Brésil, et le terrain est bien plat. Il y a plein de gens qui vivent là avec des très
petits revenus. Résultat : les vélos sont partout.
Si tu circules le long de la plage, tu croises une profusion de gens à pédales : un vendeur de bijoux avec présentoir embarqué ; des tricycles publicitaires ; un plombier (?) qui porte une caisse à
outilet de longs tuyaux de cuivresur son porte-bagage ; une maman qui trimballe son petit à même le cadre ; un groupe
d'adolescentes au regard oblique pédalant paresseusement contre le vent, etc. Pas de casque, une seule vitesse et zéro lumières.
LaMonark Barra Circular, populaire entre toutes.
J'ai parlé avec un vendeur de coco verde.
- Il y a souvent des accidents entre voitures et vélos. Pas plus tard qu'hier, il y a eu un mort sur le carrefour.
- Les habitants ne sont-ils pas habitués au fourmillement des vélos ?
- Si, mais les accidents c'est plutôt le week-end, quand débarquent les paulistas avec leurs voitures enragées.
J'ai aussi parlé avec André, qui passe là ses vacances.
- Et les pistes cyclables ?
- Il y a cette piste le long de la plage, et au moins une autre piste perpendiculaire qui passe dans le centre ville en longeant une voie ferrée. Mais ces aménagements sont mal faits, avec des
obstacles difficiles à éviter, des croisements sans signalisation et une promiscuité périlleuse avec les piétons.
Mais surtout, les pistes sont sous-dimensionnées. A un moment, la piste croise la route principale. Il y a un feu. Tu attends 90 secondes que les voitures passent et tu n'as que 15 secondes pour
passer. Du coup, des bouchons de vélo se forment... Des embouteillages de vélos sur pistes cyclables...
Voilà. La mauvaise nouvelle maintenant.
Le 14 décembre 2008, la police de la circulation de Santos a fait une opération coup de poing, relayée par la presse (globo). Ils ont verbalisé une
vingtaine de cyclistes. Leur vélo confisqué ne leur sera rendu que s'ils paient 25 réais d'amende ou s'ils assistent à une formation.
Ce qui était notamment reproché : rouler hors des pistes cyclables !
[...]
D'où l'on peut conclure qu'au Brésil comme ailleurs, les pistes cyclables servent de voie de relégation, et sont construites pour éviter que les vélos ne gènent les voitures. Ce sont des guettos
cyclables.