transito infernal
En arrivant à Sao Paulo, on apprend vite ce que transito veut dire.
Les presque 7 millions de voitures qui circulent dans São Paulo sont littéralement sur le point de faire exploser la ville. Certains jours, il y a des bouchons de plusieurs centaines de kilomètres (qui représenteraient chaque année un coût de plusieurs milliards à l'économie du pays).
En arrivant ici, j'ai vu d'immenses carrefours où plus rien ne bougeait, sauf l'air surchauffé au-dessus des carcasses automobiles. Des avenues larges de plusieurs voies où les voitures, les camions et les bus se figeaient dans un enfer de klaxons et d'odeur de souffre. Des voitures à la fois omniprésentes et impotentes.
Thiago, cycliste et militant de la bicicletada de Sao Paulo, a fait un bon film de fin d'études intitulé Apocalypse Motorisado. On y apprend que pendant les 20 dernières années, la population et les infrastructures de la ville ont cru d'environ 25% pendant que le nombre de voitures en circulation augmentait de 280%. Le taux de remplissage des voitures est très faible (1,2 passager/voiture).
Ceux qui n'ont pas encore leur voiture en rêvent. De fait, les bouchons urbains se répercutent jusqu'à l'intérieur des bus où l'on s'entasse de façon extrême. Les gens qui peuvent se le permettre préfèrent largement subir un embouteillage dans le confort de leur voiture que dans un bus.
La voiture, c'est aussi la sécurité (option voiture blindée), un statut social, une identité sexuelle, enfin toutes choses bien connues mais qui prennent dans cette ville un relief saisissant.
Pour les familles de la classe moyenne, le cadeau de 18 ans est souvent une voiture (il n'est pas rare d'avoir 4, 5 voitures pour une même famille). J'ai vu aussi des ventes aux enchères à la télé : facilité de paiement et crédit sur 36 mois sans frais si vous vous décidez tout de suite à acheter la voiture qui fera enfin de vous quelqu'un.
Des copains m'ont expliqué :
Chez vous en Europe, les villes sont anciennes, et c'est ça qui vous a protégé (relativement). En 1950, il y avait 2 millions de personnes en tout à São Paulo, aujourd'hui il y en a 10 fois plus, agglomération incluse. On est dans une telle merde parce que des fous ont pu, en un rien de temps, aménager toute la ville pour la voiture.
São Paulo, c'est tout simplement la ville représentative du siècle de l'automobile...
Liens : Apocalypse Motorisado ( le film )