Mercredi 24 juin 2009
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Je fais mes valises. L´heure est aux sentiments contradictoires. Juste un exemple :
Comme vous l´aurez compris, São Paulo est lacérée de diverses autoroutes et voies express. On appelle "Marginales" les voies sur berge.
photo CicloBr
Celle-là longe feu le fleuve Tietê. La Marginal Tietê comprend actuellement 16 voies de circulation en tout.
Déjà pas mal, tu trouves-pas ?
Ben non, pas suffisant. Il y a des bouchons, tous les jours, interminables. Plusieurs millions d´heures de temps humain évaporées dans les embouteillages. Ce n´est plus supportable.
Une solution (finale) a été trouvée et est en train d´être mise en oeuvre. On va passer de 16 voies à 22. Cela suppose de couper 5000 arbres qui gênent le progrès des transports automobiles. Résultat :
Photos
http://ciclobr.multiply.com/photos/album/102
voir aussi http://www.preservasp.org.br/forum/index.php/topic,303.msg693.html
Voyez ci-dessus ce qui reste des seringua (arbres à Latex) du terre-plein central de la Marginal Tietê. Ils les coupent la nuit, pour ne pas gêner le trafic automobile.
Je fais ma valise et j´ai envie de gerber.
Et pourtant. A l´heure où j´écris, j´ai des amis à l´autre bout de la ville qui sont en train d´agir. Mille idées circulent. Se mobiliser. Ne pas se taire. Campagnes improvisées d´adoption d´un arbre. Agiter les réseaux. Camper dans les arbres.
Je suis fier de ces amis qui se battent. Ici, mes collègues, mes voisins et en général tous les gens rencontrés trouvent que tout cela est absurde. Mais ne font rien. Ils se désespèrent sûrement. Mais en définitive consentent au désastre.
Je suis fier de ces amis qui n´entrent pas dans le petit jeu de la résignation confortable. Qui se révoltent encore.
Evidemment, c´est cause perdue. L´opinion publique veut des solutions au problème majeur des transports. Le puissant gouverneur de l´Etat de São Paulo lui en fournit une -- parfaitement logique d´ailleurs : pas assez de place pour les voitures et camions ? Il suffit de raser !
L´autre jour, un ami m´a fait frémir en me disant que cette lutte allait être dure, sale. José Serra, probable candidat de la droite aux présidentielle en 2010 - aujourd´hui connu comme Motoserra (tronçonneuse) - compte sur ces grands travaux pour detourner de l´argent afin de financer sa campagne. Tout le monde le sait bien. Ca marche comme ça ici (me dit-on).
Je suis bien incapable de savoir si c´est le cas ou non. Mais j´ai la conviction qu´il y a quelque chose d´infiniment plus sain que le réalisme désillusionné, style "de toutes façons on ne peut rien y faire".
C´est d´aller camper sur la marginal et d´entraver ne serait-ce qu´un instant l´avancement des travaux. Je fais ma valise en souriant : il y a des amis qui y sont.
--
images et textes anglais pour diffusion plus large : http://www.flickr.com/photos/luddista/sets/72157620044564181/
Comme vous l´aurez compris, São Paulo est lacérée de diverses autoroutes et voies express. On appelle "Marginales" les voies sur berge.
photo CicloBrDéjà pas mal, tu trouves-pas ?
Ben non, pas suffisant. Il y a des bouchons, tous les jours, interminables. Plusieurs millions d´heures de temps humain évaporées dans les embouteillages. Ce n´est plus supportable.
Une solution (finale) a été trouvée et est en train d´être mise en oeuvre. On va passer de 16 voies à 22. Cela suppose de couper 5000 arbres qui gênent le progrès des transports automobiles. Résultat :
Photos
http://ciclobr.multiply.com/photos/album/102voir aussi http://www.preservasp.org.br/forum/index.php/topic,303.msg693.html
Voyez ci-dessus ce qui reste des seringua (arbres à Latex) du terre-plein central de la Marginal Tietê. Ils les coupent la nuit, pour ne pas gêner le trafic automobile.
Je fais ma valise et j´ai envie de gerber.
Et pourtant. A l´heure où j´écris, j´ai des amis à l´autre bout de la ville qui sont en train d´agir. Mille idées circulent. Se mobiliser. Ne pas se taire. Campagnes improvisées d´adoption d´un arbre. Agiter les réseaux. Camper dans les arbres.
Je suis fier de ces amis qui se battent. Ici, mes collègues, mes voisins et en général tous les gens rencontrés trouvent que tout cela est absurde. Mais ne font rien. Ils se désespèrent sûrement. Mais en définitive consentent au désastre.
Je suis fier de ces amis qui n´entrent pas dans le petit jeu de la résignation confortable. Qui se révoltent encore.
Evidemment, c´est cause perdue. L´opinion publique veut des solutions au problème majeur des transports. Le puissant gouverneur de l´Etat de São Paulo lui en fournit une -- parfaitement logique d´ailleurs : pas assez de place pour les voitures et camions ? Il suffit de raser !
L´autre jour, un ami m´a fait frémir en me disant que cette lutte allait être dure, sale. José Serra, probable candidat de la droite aux présidentielle en 2010 - aujourd´hui connu comme Motoserra (tronçonneuse) - compte sur ces grands travaux pour detourner de l´argent afin de financer sa campagne. Tout le monde le sait bien. Ca marche comme ça ici (me dit-on).
Je suis bien incapable de savoir si c´est le cas ou non. Mais j´ai la conviction qu´il y a quelque chose d´infiniment plus sain que le réalisme désillusionné, style "de toutes façons on ne peut rien y faire".
C´est d´aller camper sur la marginal et d´entraver ne serait-ce qu´un instant l´avancement des travaux. Je fais ma valise en souriant : il y a des amis qui y sont.
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images et textes anglais pour diffusion plus large : http://www.flickr.com/photos/luddista/sets/72157620044564181/



